Écosystème vs objectifs

Tenez-vous compte de l’écosystème dans l’élaboration de vos objectifs?

Pour réaliser un rêve, il faut d’’abord définir un objectif SMART.  C’est à dire spécifique, un objectif mesurable, actionnable, réaliste et avec une échéance de temps.  On en a tous entendu parler.  Mais qu’en est-il de l’’écosystème?  En tenons-nous compte?  Pourtant, la plupart des difficultés rencontrées en cours de réalisation proviennent de réactions de l’’écosystème.  
Prenons le cas ou vous avez à réaliser un objectif dans votre milieu de travail.  Votre milieu de travail représente en soi un écosystème avec ses rituels, ses tabous, qui après un certain temps s’équilibre.  À chaque fois que l’on introduit un changement dans le milieu, il se crée un débalancement, un déséquilibre et même de la turbulence.  On appelle cela une réaction de résistance.  Si le changement est correctement introduit, il y a un minimum de turbulence et après un certain temps, le système se rééquilibre.  Mais quelques fois, le changement est introduit, voir forcé, en négligent l’’écosystème et cela crée des dommages collatéraux qui peuvent empêcher la réalisation de l’’objectif ou du moins en augmenter considérablement les coûts.
Que ce soit pour atteindre un objectif personnel ou d’’entreprise, c’’est la même chose.  Il y a toujours un écosystème à respecter.
Écosystème | PIERRE JUTRAS MANAGEMENTJe vous donne un exemple.  « J’’aime bien réaliser personnellement mon aménagement paysager autour de ma résidence.  Un été, il y a quelques années, je décide d’’introduire dans mon aménagement paysager, un jardin d’’eau avec des plantes aquatiques et d’’y ajouter des poissons.   J’’entreprends donc de creuser à la pelle, un trou dans la glaise, de deux pieds de profond sur une surface d’’environ six pieds par huit pieds.  Après plusieurs jours de creusage comme un forcené, je peux enfin y installer une toile imperméable et étendre la terre tout autour.  Je pars donc chez le botaniste, pour me faire conseiller et pour acheter les plantes aquatiques. Il me conseille certaines plantes de surface, d’’autres de fond, certaine pour l’’oxygénation, d’’autres pour l’’apparence.  Après une heure de discussion, il me demande : quand avez-vous terminé votre bassin? Je lui réponds : ce matin. Il me recommande alors fortement d’’attendre au moins une semaine avant d’’y introduire les plantes.  Il m’’explique que l’’eau doit évaporer le chlore et s’’harmoniser avec les micro-organisme dans l’’environnement.  À défaut de quoi, je risque de perdre la moitié des plantes en quelques jours.  J’’ai donc attendu patiemment une semaine puis j’’ai placé toutes les plantes dans le bassin tel que prescrit.  À peine terminé, je pars acheter des poissons.  Après discussion sur le nombre et la sorte de poissons, le vendeur me demande : quand avez-vous terminé votre bassin? Je lui réponds : la semaine dernière. Il ajoute : avec les plantes? Je lui réponds : Non, les plantes, c’’est cet après-midi. Il me dit : vous savez, vous allez devoir attendre environ une semaine. Vous comprenez pourquoi. Oui oui lui dis-je impatiemment, l’’écosystème, je sais. Une semaine plus tard, j’’introduis mes poissons rouges lentement, en m’’assurant qu’’il n’’y ait pas d’’écart de température pour ne pas trop stresser les poissons.  À ma grande surprise, aussitôt que les poissons sont libres dans le bassin, ils vont au fond du bassin et brassent l’’eau de manière à ce qu’’en quelques instants, l’’eau claire et transparente devienne brouillée et opaque.  Ça prit une autre semaine avant d’’y voir clair…  J’’ai compris que mes poissons avaient fait cela pour se protéger et découvrir leur nouvel environnement à leur rythme.  Ce n’’était pas contre moi.»
J’ai tiré trois leçons de cette expérience.
1- Même si j’avais pu tout faire en un jour (bassin, plantes et poissons) l’’objectif tant souhaité n’aurait pas tenu le coup.
2- Même si on est à l’’époque de l’’instantanée, il faut prendre le temps nécessaire pour que le milieu s’’équilibre à chaque étape.
3- Lorsque l’’on introduit un changement, quel qu’il soit dans un milieu, nous créons une certaine turbulence, générant ainsi des peurs et de la résistance. Il faut en tenir compte.
Maintenant, à chaque fois que j’’élabore un objectif, je me questionne sur son écologie.  Je ne questionne pas seulement les gains potentiels, mais aussi les pertes.  Je vérifie si ceux qui obtiennent les gains sont les mêmes que ceux qui subissent des pertes.  Je peux donc ainsi en tenir compte dans la réalisation de mon projet.
Maintenant, mes objectifs sont SMARTE.

par Pierre Jutras, le 15 mai 2011